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Peut-on contourner un test d’infidélité ADN avec deux profils génétiques ?

  • 27 juil.
  • 9 min de lecture

Il peut sembler possible de contourner un test d’infidélité ADN en commandant deux analyses séparées : un profil génétique de référence réalisé à partir d’un prélèvement salivaire, puis un second profil établi à partir d’une trace biologique retrouvée sur un vêtement, un tissu ou un objet.


un test d’infidélité ADN avec deux profils génétiques

Sur le plan technique, cette démarche peut effectivement conduire à la comparaison de deux profils ADN. Elle ne constitue cependant pas une méthode permettant de prouver une infidélité. Elle ne garantit pas non plus qu’un résultat exploitable sera obtenu.


Surtout, la faisabilité technique ne doit pas être confondue avec la légalité de l’analyse. En France, l’identification génétique d’une personne en dehors des situations autorisées par la loi est interdite. En Belgique, le traitement d’un échantillon appartenant à une autre personne nécessite également une attention particulière au consentement, à la protection des données et à la finalité du test.


Deux profils génétiques peuvent-ils remplacer un test d’infidélité ?


La réponse est nuancée.


Deux profils génétiques peuvent être comparés lorsque le laboratoire dispose :

  • d’un profil ADN de référence suffisamment complet ;

  • d’un profil exploitable extrait de la trace biologique ;

  • d’une méthode de comparaison adaptée ;


Cette procédure reproduit en partie les différentes étapes d’un test d’infidélité avec comparaison ADN. Elle sépare simplement l’opération en plusieurs prestations : extraction du premier profil, extraction du second, puis comparaison des marqueurs génétiques.


Commander deux profils génétiques ne permet toutefois pas de contourner les limites du test. Si la trace contient trop peu d’ADN, si elle est dégradée ou si plusieurs personnes ont contribué à l’échantillon, le résultat restera difficile à interpréter.

Une analyse génétique ne permet pas davantage de reconstituer les circonstances dans lesquelles l’ADN a été déposé.


Qu’est-ce qu’un test d’infidélité génétique ?


Un test d’infidélité ADN ne démontre pas directement qu’une personne a été infidèle. Il recherche des éléments biologiques sur un support transmis au laboratoire.


L’échantillon analysé peut notamment être prélevé sur :

  • un sous-vêtement ;

  • un vêtement ;

  • un drap ou un tissu ;

  • un mouchoir ;

  • un objet personnel ;

  • une tache susceptible de contenir un fluide biologique.


Selon l’analyse demandée, le laboratoire peut rechercher la présence d’un fluide particulier, vérifier si de l’ADN humain est détectable ou tenter d’établir un profil génétique.


Ces prestations ne répondent pas exactement à la même question. Un test de détection de sperme, par exemple, recherche certains composants du liquide séminal. Un profil génétique vise plutôt à extraire et analyser des marqueurs ADN permettant une comparaison.


Notre guide consacré aux différents tests ADN liés à l’infidélité présente plus précisément ces distinctions.


Ce que le laboratoire peut déterminer


Lorsque l’échantillon contient suffisamment d’ADN exploitable, le laboratoire peut parfois indiquer :

  • qu’un profil génétique a été obtenu ;

  • que le profil est complet ou partiel ;

  • qu’un seul contributeur semble être présent ;

  • que plusieurs profils ADN sont mélangés ;

  • qu’un profil de référence peut être inclus ou exclu de la comparaison.


Ces conclusions restent strictement génétiques. Elles ne permettent pas de connaître la date, le lieu ou les circonstances du dépôt de la trace.


Ce que le test ne peut pas démontrer


La présence d’un ADN sur un vêtement ou un objet ne suffit pas à établir une infidélité.

Une trace biologique peut avoir été déposée lors d’un contact direct, d’une utilisation partagée, d’une manipulation antérieure ou d’un transfert indirect. Elle peut également être ancienne.


Le laboratoire ne peut généralement pas déterminer avec certitude :

  • quand la trace a été déposée ;

  • comment elle est arrivée sur le support ;

  • dans quel contexte le contact s’est produit ;

  • si le dépôt est lié à une relation intime ;

  • si la trace était déjà présente avant l’événement suspecté.


Le résultat doit donc être interprété comme une information biologique limitée, et non comme la reconstitution d’un comportement.


Comment fonctionne la comparaison de deux profils génétiques ?


La démarche repose sur trois opérations distinctes.


1. Établir un profil ADN de référence


Le premier échantillon provient généralement d’un prélèvement buccal. Un écouvillon est frotté à l’intérieur de la joue afin de recueillir des cellules contenant l’ADN de la personne.


Ce type de prélèvement est privilégié parce qu’il est :

  • simple à réaliser ;

  • non invasif ;

  • généralement riche en cellules ;

  • facile à sécher et à transporter ;

  • moins exposé aux mélanges lorsqu’il est correctement effectué.


Le laboratoire extrait ensuite l’ADN et analyse plusieurs marqueurs, souvent des STR, ou « courtes répétitions en tandem ». Ces régions de l’ADN varient fortement d’un individu à l’autre et permettent de construire une empreinte génétique destinée à la comparaison.


La page consacrée au profil génétique ADN explique le rôle de ces marqueurs et la manière dont un profil est présenté.


2. Extraire un profil à partir d’un échantillon non standard


La deuxième analyse porte sur le vêtement, le tissu ou l’objet supposé contenir une trace biologique.

Il s’agit d’un échantillon non standard, également appelé échantillon alternatif. Contrairement à un prélèvement salivaire contrôlé, sa qualité ne peut pas être garantie avant l’analyse.


Le laboratoire doit d’abord localiser ou sélectionner la zone à analyser. Il tente ensuite d’extraire suffisamment d’ADN pour obtenir des données lisibles.


La réussite dépend notamment :

  • de la nature du support ;

  • du type de trace ;

  • de la quantité de cellules présentes ;

  • de l’ancienneté de l’échantillon ;

  • de ses conditions de conservation ;

  • des manipulations qu’il a subies ;

  • de la présence éventuelle de produits de nettoyage.


Pour comprendre les différences entre prélèvement buccal, cheveux, objets personnels et autres supports, consultez notre guide sur les échantillons utilisables pour un test ADN.


3. Comparer les marqueurs obtenus


Si les deux extractions produisent des profils suffisamment complets, le laboratoire peut comparer les marqueurs analysés.

Trois grandes conclusions sont possibles.


La concordance ou l’inclusion : les marqueurs du profil de référence sont compatibles avec ceux détectés sur l’échantillon non standard. Cette conclusion doit être accompagnée d’une interprétation statistique adaptée.


L’exclusion : plusieurs incompatibilités permettent de conclure que le profil de référence n’est pas celui détecté dans la trace exploitable.


Le résultat non concluant : les données sont insuffisantes, trop dégradées ou trop complexes pour permettre une inclusion ou une exclusion fiable.

Une concordance ne signifie pas automatiquement que l’intégralité de la trace provient d’une seule personne. Elle ne prouve pas non plus la manière dont l’ADN s’est retrouvé sur l’objet.


Pourquoi l’échantillon non standard pose-t-il problème ?


La principale limite de cette méthode ne concerne généralement pas le profil salivaire de référence. Elle concerne la trace retrouvée sur le support.


Une quantité d’ADN parfois insuffisante


Un objet peut ne contenir que quelques cellules. Même si des techniques sensibles permettent de détecter de faibles quantités de matériel génétique, la quantité récupérée peut être trop limitée pour établir un profil complet.

Certains marqueurs peuvent alors apparaître tandis que d’autres restent absents. Le résultat obtenu est qualifié de profil partiel.


Un profil partiel peut parfois servir à exclure une personne. Il est en revanche plus délicat de l’utiliser pour affirmer une concordance forte.


Un ADN dégradé


L’ADN se dégrade sous l’effet de différents facteurs environnementaux, notamment :

  • la chaleur ;

  • l’humidité ;

  • les rayons ultraviolets ;

  • le lavage ;

  • certains produits chimiques ;

  • une conservation prolongée dans de mauvaises conditions.


Lorsque les fragments d’ADN sont trop altérés, l’amplification des marqueurs devient difficile. Le laboratoire peut alors obtenir des résultats incomplets ou ne récupérer aucun profil interprétable.


La contamination de l’échantillon


La personne qui manipule le support peut y déposer son propre ADN. Un vêtement peut également entrer en contact avec une autre surface, un sac, une table ou un emballage déjà contaminé.


Plus l’objet est manipulé avant son envoi, plus le risque de mélange augmente. L’utilisation de gants ne supprime pas tous les risques si l’emballage, les outils ou la surface de travail ne sont pas adaptés.


La présence de plusieurs contributeurs


Un vêtement ou un objet utilisé au quotidien peut contenir l’ADN de plusieurs personnes.

Le laboratoire obtient alors un profil mixte. Il doit tenter de distinguer les marqueurs appartenant aux différents contributeurs, ce qui peut devenir très complexe lorsque la quantité d’ADN est faible ou déséquilibrée.


Les difficultés statistiques liées aux mélanges et aux échantillons faiblement dosés sont notamment décrites dans une étude publiée dans la revue PNAS sur l’évaluation des profils ADN mixtes.


Un mélange ne peut pas toujours être séparé en profils individuels. Dans certains cas, le laboratoire peut seulement indiquer que le profil de référence ne peut pas être exclu du mélange, sans pouvoir attribuer précisément la trace à cette personne.


Deux rapports de profil ADN suffisent-ils pour faire la comparaison ?


Pas nécessairement.

Deux rapports peuvent présenter des tableaux de marqueurs qui semblent identiques ou différents. Cependant, une simple comparaison visuelle ne remplace pas l’interprétation d’un laboratoire.


Plusieurs difficultés doivent être prises en compte :

  • les deux analyses peuvent ne pas étudier exactement les mêmes marqueurs ;

  • certains loci peuvent ne pas avoir produit de résultat ;

  • des phénomènes d’abandon allélique peuvent masquer un marqueur ;

  • le second profil peut être un mélange ;

  • les seuils de lecture peuvent différer entre les laboratoires ;

  • une concordance doit recevoir une interprétation statistique.


Pour obtenir une conclusion exploitable, il est préférable que le laboratoire sache dès le départ que les deux profils doivent être comparés. Il pourra ainsi vérifier la compatibilité des méthodes utilisées et produire un rapport répondant directement à la question posée.


L’achat de deux profils indépendants, sans prestation de comparaison, peut donc aboutir à deux documents techniquement difficiles à rapprocher mais pas impossibles à interpréter.

Lorsque les deux profils sont strictement identiques sur l’ensemble des loci analysés, il est alors fortement possible de conclure qu’il s’agit de la même personne. Pour s’en assurer, il faut procéder à une comparaison méthodique en mettant en parallèle chaque locus (position génétique étudiée) et en vérifiant que les allèles (variantes observées pour chaque locus) sont exactement les mêmes dans les deux profils, sans aucune discordance.


Pour lire et comparer des profils génétiques, il faut comprendre que chaque locus est représenté par un ou deux chiffres correspondant aux allèles hérités. La comparaison consiste donc à vérifier, locus par locus, que les paires d’allèles sont identiques entre les deux échantillons. Une correspondance complète sur tous les loci analysés indique une identité génétique très forte, tandis que la moindre différence à un seul locus suggère qu’il s’agit de deux individus distincts ou d’un mélange.


comparaison de deux profils génétiques

L’absence de profil signifie-t-elle qu’aucun ADN n’était présent ?


Non.

L’absence de profil exploitable signifie uniquement que le laboratoire n’a pas obtenu assez de données interprétables à partir de l’échantillon transmis.


Plusieurs explications sont possibles :

  • aucune quantité détectable d’ADN n’était présente ;

  • la quantité était trop faible ;

  • l’ADN était trop dégradé ;

  • l’extraction a échoué ;

  • des substances présentes sur le support ont perturbé l’analyse ;

  • le mélange obtenu était trop complexe.


Un résultat non concluant ne démontre donc ni l’absence historique de trace biologique ni l’absence de contact entre deux personnes.

De la même manière, un résultat négatif ne doit pas être transformé en preuve d’absence d’infidélité.


Une concordance ADN constitue-t-elle une preuve absolue ?


Une concordance peut montrer que les marqueurs du profil de référence sont compatibles avec les données obtenues sur la trace. Sa portée dépend toutefois de la qualité du profil.


La conclusion est généralement plus solide lorsque :

  • le profil est complet ;

  • une seule personne a contribué à la trace ;

  • tous les marqueurs utiles ont été analysés ;

  • l’échantillon n’est pas dégradé ;

  • les conditions de collecte sont documentées ;

  • une évaluation statistique accompagne le résultat.


Même dans ces conditions, l’analyse répond essentiellement à une question d’origine biologique : le profil étudié peut-il provenir de la même personne que l’échantillon de référence ?


Elle ne répond pas à la question comportementale : cette personne a-t-elle été infidèle ?


Ces résultats ont-ils une valeur juridique ?


Des échantillons envoyés anonymement ou prélevés sans contrôle d’identité n’ont généralement pas la traçabilité nécessaire pour être utilisés dans une procédure officielle.


Pour qu’une analyse possède une éventuelle valeur juridique, il faut notamment pouvoir démontrer :

  • l’identité des participants ;

  • leur consentement ;

  • l’origine exacte des échantillons ;

  • la continuité de leur conservation ;

  • l’absence de substitution ;

  • le respect d’une chaîne de traçabilité ;

  • la compétence et les procédures du laboratoire.


Un profil extrait d’un vêtement envoyé par un particulier ne répond généralement pas à ces conditions.


Même lorsqu’un laboratoire obtient techniquement une concordance, le résultat ne doit donc pas être présenté comme une preuve judiciaire d’infidélité.


Ce qu’il faut retenir


Réaliser un profil salivaire de référence et un second profil à partir d’une trace biologique peut, sur le plan technique, permettre une comparaison ADN.

Cette démarche ne constitue cependant pas un véritable contournement du test d’infidélité. Elle en reproduit simplement certaines étapes sous la forme de prestations séparées.


La qualité du résultat dépend principalement de l’échantillon non standard. Une faible quantité d’ADN, une dégradation, une contamination ou un mélange de plusieurs contributeurs peut rendre l’analyse partielle ou impossible.


Même lorsqu’une concordance est obtenue, elle ne démontre ni la date ni les circonstances du dépôt de la trace. Elle ne prouve donc pas directement une infidélité.

Enfin, la possibilité technique d’effectuer une comparaison ne signifie pas que celle-ci est autorisée. En France, l’identification génétique privée est strictement limitée par la loi. En Belgique, le consentement, la protection des données et la finalité du traitement restent déterminants.


Peut-on prouver une infidélité avec deux profils ADN ?

Non. La comparaison peut éventuellement montrer qu’un profil de référence est compatible avec une trace biologique. Elle ne permet pas d’établir quand, comment ou dans quel contexte cette trace a été déposée.


Un profil ADN peut-il être obtenu à partir d’un vêtement ?

Oui, si le vêtement contient suffisamment de cellules exploitables. La réussite n’est toutefois jamais garantie, car l’ADN peut être absent, dégradé, contaminé ou mélangé avec celui d’autres personnes.


Peut-on comparer soi-même deux rapports génétiques ?

Une lecture simple des tableaux de marqueurs ne suffit pas toujours. Les profils peuvent être partiels, utiliser des marqueurs différents ou contenir plusieurs contributeurs. Une interprétation professionnelle est recommandée.


L’absence de profil ADN signifie-t-elle que le vêtement n’a jamais contenu de trace biologique ?

Non. Elle signifie seulement que le laboratoire n’a pas récupéré suffisamment d’ADN interprétable dans l’échantillon analysé.


Est-il légal d’analyser secrètement l’ADN d’une autre personne ?

En France, l’identification par empreintes génétiques est limitée aux situations prévues par la loi et une analyse privée secrète n’est pas autorisée. En Belgique, les données génétiques bénéficient d’une protection renforcée et leur traitement nécessite un fondement légal approprié, notamment un consentement explicite lorsqu’il est utilisé comme base juridique.

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