Le Chimérisme Génétique : Peut-on avoir deux ADN et faire un test ?
- 1 mars 2021
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 3 jours

Imaginez un individu possédant non pas un, mais deux codes génétiques distincts. Bien que cela ressemble à de la science-fiction, c'est un phénomène biologique bien réel appelé le chimérisme.
Si cette particularité passe souvent inaperçue au quotidien, elle peut devenir un véritable casse-tête lors d'analyses biologiques. Comment ce phénomène survient-il ? Et surtout, le chimérisme peut-il fausser les résultats d’un test ADN de paternité ou de filiation ?
Cet article vous explique tout ce qu'il faut savoir pour aborder vos tests génétiques en toute sérénité, même dans les cas les plus complexes.
Qu'est-ce qu'une chimère humaine ?
En génétique, une chimère est un organisme unique composé de cellules provenant de deux zygotes (ou embryons) différents. Concrètement, cela signifie qu'une même personne porte en elle deux populations de cellules avec des ADN différents.
Ce phénomène peut survenir naturellement lors de la conception ou être la conséquence d'une intervention médicale. Le degré "d'intégration" de ce second ADN varie grandement d'un individu à l'autre, rendant le diagnostic parfois complexe.
1. Le chimérisme naturel
Bien que rare, le chimérisme naturel est tout à fait possible chez l'être humain. Il résulte généralement d'une particularité lors de la fécondation ou du développement embryonnaire. L'organisme final combine alors des lignées cellulaires génétiquement distinctes, mais compatibles.
La fusion d'embryons (Le jumeau évanescent) : C'est le cas le plus fréquent. Lors d'une grossesse gémellaire (faux jumeaux), il arrive que l'un des embryons ne se développe pas et soit "absorbé" par l'autre très tôt dans l'utérus. Le bébé naît alors en bonne santé, mais porte en lui son propre ADN ainsi que celui de son jumeau non-né, souvent localisé sur certains organes ou tissus spécifiques.
Le microchimérisme : Ce phénomène est plus subtil. Il désigne la présence d'une petite quantité de cellules étrangères chez un hôte. L'exemple le plus courant est le microchimérisme fœto-maternel. Durant la grossesse, des cellules du fœtus passent dans le sang de la mère (et inversement) et peuvent s'installer durablement dans des organes comme le foie, le cœur ou le cerveau.
Le saviez-vous ? La grande majorité des chimères vivent toute leur vie sans jamais le savoir. Le diagnostic se fait souvent par hasard, lors d'un bilan sanguin approfondi ou d'un test de compatibilité pour une greffe.
2. Le chimérisme artificiel (médical)
L'homme peut également acquérir un second ADN à la suite de traitements médicaux lourds. C'est ce qu'on appelle le chimérisme artificiel ou acquis.
Greffe de moelle osseuse : C'est la cause la plus fréquente de modification durable de l'ADN sanguin. La moelle osseuse étant l'usine qui fabrique les cellules sanguines, une greffe réussie signifie que le patient produira désormais le sang du donneur. Le receveur aura donc son ADN d'origine dans ses tissus (salive, peau), mais l'ADN du donneur dans son sang.
Transfusion sanguine : L'apport d'ADN étranger est ici temporaire. Les cellules sanguines transfusées finissent par être éliminées par l'organisme, contrairement à la greffe de moelle.
Ces situations créent un défi technique : si l'on prélève du sang à un receveur de greffe, on analyse en réalité l'ADN du donneur, ce qui peut mener à des conclusions erronées.
Pour approfondir le sujet scientifique du microchimérisme et ses implications médicales, vous pouvez consulter cet article de référence sur Génétique : histoires incroyables de chimères humaines naturelles
Comment le chimérisme impacte-t-il les tests ADN ?
La question cruciale pour nos lecteurs est la suivante : un test de paternité est-il fiable si l'un des participants est une chimère ?
La réponse est oui, à condition que le laboratoire soit informé et que la procédure soit adaptée. Le risque principal est le "faux négatif" (exclusion de paternité à tort) si l'échantillon prélevé ne contient pas l'ADN transmis à l'enfant.
Détecter et contourner le problème
Si un doute subsiste sur un lien de filiation (paternité, maternité, fraternité) dans un contexte de chimérisme potentiel, la stratégie consiste à multiplier les sources de prélèvement.
Comme l'ADN d'une chimère n'est pas uniforme dans tout le corps, il faut comparer plusieurs tissus :
Salive (cellules buccales) : Le standard pour les tests à domicile.
Sang : À éviter en cas de greffe, mais utile en comparaison.
Cheveux (racines) ou Ongles.
Sperme : C'est l'échantillon le plus important pour un homme chimérique suspectant une paternité. En effet, l'ADN contenu dans les spermatozoïdes est celui qui a été transmis à l'enfant. Il peut être différent de l'ADN sanguin.
Si les profils génétiques obtenus sur ces différents échantillons sont identiques, le sujet n'est pas chimérique (ou le chimérisme est indétectable). S'ils diffèrent, le laboratoire pourra isoler le profil génétique pertinent pour confirmer la filiation.
Quelles précautions prendre avant de commander un test ?
Si vous êtes concerné par une situation médicale particulière, voici les règles à suivre pour garantir la fiabilité de vos résultats.
Cas d'exclusion temporaire ou définitive
Après une transfusion sanguine : Il est fortement déconseillé de réaliser un test ADN basé sur une prise de sang dans les 3 mois suivant une transfusion. Privilégiez un test ADN par prélèvement salivaire, qui n'est pas affecté par la transfusion.
Après une greffe de moelle osseuse : Ne faites jamais de test basé sur le sang. Votre profil sanguin est celui de votre donneur. Utilisez toujours un prélèvement buccal (écouvillon).
Tests prénataux : Certains tests complexes, comme le test de paternité prénatal non invasif, peuvent être impossibles à réaliser ou refusés par les laboratoires si la mère déclare une condition de chimérisme ou a subi une greffe, car cela brouille la séparation entre l'ADN fœtal et maternel.
L'importance de la transparence
Lors de votre commande sur InfoTestADN, si vous avez un antécédent médical (greffe, transfusion récente) ou une suspicion de chimérisme, il est crucial de le signaler. Les laboratoires partenaires disposent de protocoles pour vérifier la cohérence des données.
En résumé, bien que le chimérisme soit une réalité biologique fascinante, il n'empêche pas l'accès à la vérité génétique. Avec les bonnes méthodes, comme l'analyse croisée de la salive et du sperme, il est possible de lever les doutes de filiation avec certitude.
Vous souhaitez en savoir plus sur les procédures standards ? Consultez notre guide complet sur le test ADN Chimère.
