Don d’organes et test ADN : compatibilité, greffe et impact sur l’ADN
- 11 déc. 2020
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 4 mars
Le don d’organes sauve des vies, mais il s’accompagne souvent de questions très concrètes, notamment sur le test ADN : faut-il en faire un avant une greffe, et que devient l’ADN après transplantation ? Dans cet article, on clarifie les points essentiels : compatibilité donneur‑receveur, analyses réalisées avant greffe, notion de chimérisme et limites des tests ADN après une transplantation.

Don d’organes : de quoi parle-t-on exactement ?
Le don d’organes correspond au fait, pour une personne, de donner une partie de son corps à une autre personne qui a besoin d’une transplantation, parce que cette partie pose un problème.
Les maladies chroniques figurent parmi les causes les plus fréquentes de transplantation. Le rein est l’organe le plus recherché et aussi l’un des plus difficiles à associer.
Un don peut avoir lieu :
de son vivant (organe ou tissus),
ou après son décès.
En France, chaque individu est présumé donneur après sa mort, sauf s’il a exprimé un refus de son vivant. (Référence officielle : service-public.fr – Don d’organes)
Il est également possible de faire ce geste au bénéfice :
d’un proche appartenant au cercle familial ;
ou d’une personne ayant un lien affectif “étroit et stable” depuis au moins deux ans avec le donneur.
Doit-on faire un test ADN avant le don d’un organe ?
Ce qui compte avant tout : la compatibilité biologique
Un donneur d’organe peut être un membre de la famille ou un étranger, et il n’existe pas de restriction entre l’âge ou le sexe. Le point le plus important reste la compatibilité biologique avec le receveur prévu.
Cette compatibilité est évaluée avant le don afin d’estimer le risque de rejet par le receveur. En pratique :
plus la compatibilité est élevée,
plus les chances de rejet sont faibles.
Pourquoi l’entourage familial est souvent avantagé
Les membres d’une même famille ont, en général, les meilleures probabilités d’être compatibles, car ils partagent des gènes proches.
Dans ce contexte, des tests ADN avec les relations familiales du patient peuvent être réalisés pour :
confirmer un lien biologique (ou non),
obtenir une indication sur le niveau de compatibilité.
Cependant, même si un lien biologique est confirmé, des tests de compatibilité restent indispensables : le gène humain peut se révéler imprévisible dans ce type d’opération, et le fait d’être apparenté ne suffit pas à garantir une compatibilité optimale.
Les analyses sanguines utilisées pour évaluer la compatibilité
Pour apprécier la compatibilité donneur-receveur, plusieurs examens sont réalisés, notamment :
Groupe sanguin : permet d’évaluer la compatibilité sanguine entre donneur et patient.
Typage tissulaire (typage HLA – antigène leucocytaire humain) : vérifie si les antigènes du donneur et du patient sont similaires, car la présence d’anticorps correspondants diminue le risque de rejet.
Appariement croisé (crossmatch) : un échantillon de sang du donneur et du patient est mélangé et analysé pour vérifier si les cellules du patient attaquent celles du donneur.
Cas particulier : les jumeaux identiques
Dans des situations exceptionnelles, des jumeaux identiques peuvent présenter une compatibilité parfaite, car ils partagent 100 % de leur ADN. Cela peut signifier :
moins de risque de rejet,
et moins de complications.
Un test de jumeaux peut alors servir à déterminer s’ils sont identiques ou non.
Est-ce que l’ADN se modifie après une greffe d’organe ?
L’ADN du receveur ne “change” pas
L’ADN appartient à la personne qui le porte, le transporte et le transmet, au même titre que ses organes et ses cellules. La modification de l’ADN du receveur n’est pas possible et, dans l’immense majorité des cas, la transplantation est réalisée après vérification de la compatibilité entre donneur et receveur.
Après une greffe, les cellules du corps continuent de reproduire le code génétique et
l’ADN du receveur, sans modification provenant du nouvel organe.
Pourtant, des transferts “symptomatiques” ont été observés (ex. allergies)
De nombreux cas de transfert symptomatique d’allergies entre donneur et receveur ont été rapportés après une greffe d’organe.
La survenue d’une allergie après transplantation a déjà été décrite chez l’adulte et chez l’enfant, notamment après greffe :
de moelle osseuse,
de foie,
de rein,
de cœur,
de poumon,
d’intestin.
Il est aussi possible que certaines personnes en insuffisance aient été déjà allergiques avant la greffe, mais que leur système immunitaire affaibli n’ait pas pu réagir contre des allergènes. Dans ce cas, la greffe peut “démasquer” une allergie latente.
Les rares cas de chimérisme : porter deux ADN
Dans de rares situations, l’ADN du receveur présent dans son sang a été totalement remplacé par l’ADN du donneur. Cela a pu être détecté dans plusieurs zones du corps, par exemple :
les joues,
la langue,
les lèvres,
et le sperme.
On parle alors de chimérisme : une personne porte deux ADN.
Si l’ADN du donneur a remplacé celui du receveur dans le sperme, il devient important de s’interroger sur l’ADN de la descendance.
Pour approfondir ce sujet, vous pouvez consulter notre page sur le test ADN de chimérisme.
Peut-on faire un test ADN après une greffe d’organe ?
Une phase de transition peut fausser l’interprétation
Dans la majorité des cas, il est possible de retrouver, durant une phase de transition (après une transfusion sanguine, une greffe d’organe ou une greffe de moelle osseuse), le profil génétique des deux individus si un test ADN est réalisé.
Cette phase varie selon l’importance de l’opération : le receveur peut donc, pendant un certain temps, présenter la présence de deux ADN dans son organisme.
Pourquoi le prélèvement sanguin est déconseillé après certaines interventions
Il est déconseillé d’effectuer un test ADN à partir d’un prélèvement sanguin après :
une transfusion sanguine,
une greffe de moelle osseuse,
une greffe d’organe,
ou un traitement à base de cellule souche.
Certains tests ADN, comme le test prénatal de paternité ou le test visant à connaître le sexe du bébé, peuvent être tout simplement impossibles : le laboratoire peut refuser l’analyse d’un échantillon provenant d’une personne transfusée.
Ressources utiles :
Quand un test ADN peut quand même être pertinent après transfusion/greffe
L’analyse génétique peut toutefois être utile après une transfusion si vous souhaitez vérifier que vous n’êtes pas porteur, vous aussi, de l’ADN d’une autre personne.
Dans ce cas, il est recommandé de réaliser plusieurs tests ADN à partir d’échantillons différents provenant du corps.
Concrètement, on peut comparer les empreintes génétiques issues :
de la salive,
du sang,
d’un ongle,
ou d’un cheveu.
L’objectif est de vérifier s’il existe des différences entre les résultats. Puisque chaque test ADN visant à établir votre profil génétique compare les mêmes locus, il est important que chaque rapport soit parfaitement identique pour tous les échantillons.
Conclusion
Le don d’organes repose sur une logique de compatibilité biologique (groupe sanguin, typage HLA, appariement croisé) bien plus déterminante qu’un simple lien familial, même si les proches ont souvent davantage de chances d’être compatibles. Après une greffe, l’ADN du receveur ne “se transforme” pas, mais des situations particulières comme le chimérisme peuvent compliquer la lecture de certains tests, surtout lorsqu’un prélèvement sanguin est utilisé.
Si vous envisagez un test ADN après une transfusion ou une greffe, l’approche la plus prudente consiste à privilégier des échantillons multiples et à rester attentif au contexte médical, afin d’obtenir des résultats cohérents. Et si vous souhaitez explorer ces options en toute confidentialité, des pages dédiées (paternité, prénatal, chimérisme) vous permettent de vous orienter simplement, avec une démarche claire et sécurisée.
